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Après le Onze mars

Après le Onze mars

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Après le Onze mars

Monique DOUILLET

 

Retours lecteurs

La force de ce roman réside dans le fait d'avoir réussi, par petites touches, à dessiner une fresque panoramique. Ébauchés au départ au trait, les personnages prennent vie page après page, gagnent en couleur et en consistance par le jeu des implications qui les relient. Le lecteur conquiert ses repères progressivement. On ne peut pas lire cette histoire en diagonale, le texte exige notre attention. Les échanges épistolaires sur l'actualité argumentés et étayés ne tombent jamais dans le piège de l'exagération qui pourrait les rendre péremptoires. Les dialogues oscillent sans cesse entre gravité et humour. La catastrophe de Fukushima tour à tour assombrit de doutes ou éclaire le tableau de lueurs d’espoir. Le lecteur se laisse porter par de magnifiques descriptions de Lyon à Kyoto, de Kobé à Guéret, du vieux port de Marseille à Osaka. Plus qu’à la vision convenue d’une carte postale c’est à un véritable voyage initiatique que l’auteure nous convie.

Les personnages sont tous profonds et sensibles : Que ce soit Erell la discrète observatrice, Ernest le vieux sage, Shoko, la danseuse Japonaise meurtrie, Julien l’écrivain misanthrope, CDD le brocanteur aigri ou Mathieu l’écolo rêveur, tous ont « du chien » !

« Six personnages en quête d’auteur » vivent, s’entrechoquent, s’opposent et parfois s’aiment ou se fuient ; « Après le 11 mars », chacun des personnages se métamorphose.

Guylaine Pouzolles

 

Une écriture raffinée pour un roman très actuel. Grâce à l'aide amicale d'Erell, la narratrice, des personnages ne se connaissant que par leur pseudo sur un forum et leur goût commun pour la littérature et la philosophie se rencontrent. L'auteur renouvelle le genre de la « lettre » en utilisant les moyens modernes de communication, ce qui donne à ce roman une caractéristique « temps réel et interactif » tout à fait originale. Les amitiés et amours naissent également en « live » avec en toile de fond les évènements tragiques du Tsunami japonais et de Fukushima. La vie des personnages se construit sous nos yeux, dans ce roman d'aujourd'hui qui n'a pas encore de futur. L'auteur nous renvoie une image étonnante du Japon de l'après-catastrophe. Les aller et retour des divers personnages entre le Japon et la France mettent en exergue les différences réactionnelles entre pays d'ancienne tradition et pourtant modernes. Les manières différentes d'appréhender l'évènement des Asiatiques et des Européens sont bien perçues. Les descriptions sont savoureuses et poétiques. Les personnages sont attachants. La sensibilité écologique de l'auteur transparaît. J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire.

Melebe

 

Quête obstinée d’atomes crochus.

Sur fond d'épouvantable catastrophe et d'anéantissement fatal d'humanité, Monique Douillet sait admirablement piloter son héroïne Erell, à des milliers de kilomètres de là, pour tisser des liens entre protagonistes divers, malmenés par la crise, errants, paumés parfois, mais dont le point commun « le LIVRE ! » fait qu'ils parviennent après nombre de péripéties à des rencontres prometteuses où l'amour et la solidarité résonnent avec le Japon malmené. Monique signe là un superbe antidote à la destruction.

Hub. Lyon

 

J'ai aimé découvrir cette galerie de personnages. Il y avait quelque chose de proche et de vivant chez eux tous. C'est fort cette capacité de l'écriture à nous faire aimer chacun d'eux avec la même générosité. Il y une énergie de la langue derrière, et une inventivité surprenante dans les moyens employés pour nous faire accéder à l'intime de chacun. C'est ce pari qui est particulièrement réussi. Celui de nous mener au plus près de chacun de ses personnages. Et c'est assez bluffant. Je recommande chaudement « “ Après le onze Mars » ” ; c'est un très beau texte.

Maïanne

 

Un livre inclassable.

Vrai journal multivoix – personnelle et collective – des événements du monde, articles d’un voyageur journaliste, récit des luttes activistes et des êtres divers qu’il mêle, ouvrant une possibilité de se rejoindre sans partager les mêmes rêves. Tout cela sous-tendu par le fil directeur des nouvelles de Fukushima, celles que l’on ne trouve pas dans l’actualité.

C’est peut-être aussi une confiance dans cet internet tout neuf qui pourrait efficacement changer le monde. Utopie ? comme celle de voir débouler dans sa vie le gros lot du loto.

L’auteure nous mène au centre d’un monde ; on va on vient, on tourne, on retourne, on sourit, on rit, on tremble aussi à l’avancée souterraine, donc incontrôlable de la catastrophe atomique. On s’émeut devant tous ces gens qui opposent à tant de menaces leur rectitude fidèle. Comme ils sont fragiles…

Merci de cette somme, merci de faire espérer.

Viendra-t-il un jour où l’on pourra étendre paisiblement son linge sans avoir à penser que l’air lui-même est pourri ? »

Marie Rouanet.

 

« Je viens de terminer la lecture de ton livre, commencé il y a ...deux jours ! J'ai été prise dedans et j'ai beaucoup, beaucoup aimé ! J'ai été tenue en haleine, j'ai appris des choses, j'ai été émue, jusqu'à la fin qui est magnifique, merci pour ce beau livre, et je te souhaite que 2014 soit pleine de beaux projets comme celui-là.

C'est la galerie de portraits dans son ensemble qui m'a le plus touchée, l'entre-deux de tous ces personnages qui fait que l'on s'attache à chacun. Il y a un immense respect de chaque personnage qui permet de suspendre tout jugement.

Ce que je trouve très beau c'est qu'il est raconté des choses très fortes, l'histoire de Shoko, le rebondissement incroyable du gain au loto (qui ne passe pas du tout comme une incongruité ou un deus ex machina déplacé, mais comme une trouvaille si improbable qu'elle n'a pas besoin de se justifier). Les lettres et récits des japonais, l'histoire d'amour incroyable en filigrane entre Julien et Shoko sont très émouvants mais jamais larmoyants. On dirait que c'est la vie qui est acceptée dans toutes ses dimensions, sans hiérarchie entre ce qui serait bon et ce qui serait dramatique. Tout est à prendre, et les idées et les opinions ne sont finalement que des idées et des opinions. L'essentiel est ailleurs. Peut-être dans l'amour qui circule entre les personnages. Il y a un petit personnage qui me touche aussi beaucoup c'est Lydia.

J'ai senti beaucoup d'humilité dans l'écriture, dans ce qui est dit. A la fin du livre c'est comme à la fin d'un belle exposition de peinture où le guide se serait effacé au profit des tableaux, tout en nous rendant visible par petites touches le plus émouvant du parcours de ces êtres d'encre et de papier. »

Clémentine Jolivet, comédienne, 27 ans.

 

« Après le Onze mars » dont je lis chaque soir un passage avant de m'endormir recèle une mine d’observations d’une acuité toute féminine. Je ne suis pourtant pas porté sur les romans mais celui-ci me détend et me mène doucement à aller retrouver, par-delà l'imaginaire, quelque chose de la richesse du réel.

À la page 151, il s'agit de Julien et Shoko, vous écrivez : "...le désir ne les a pas laissés reprendre souffle, mais le désir n'était pas le moteur. Un sentiment profond les liait." Que le désir là ne soit pas le moteur, je trouve cela très juste, parce que ce n'est pas que la pulsion ; c'est peut-être parce qu'il y a Shoko, le Japon, la sagesse bouddhique ou que sais-je, quelque chose d'autre que ce que Lacan nous dit du désir.

Autre chose aussi me fait trouver la lecture de ce roman à la fois légère et attachante : il y a un fil qui circule mais ce n'est pas celui d'un thriller : un sujet grave y est présent, celui en ce moment du Japon, un pays grand comme la France et l'Allemagne réunies et qui fait 3000 km du nord au sud. Il y est question au passage de la solidarité du sud avec le nord depuis la catastrophe du 11 mars, ce dont nous ferions bien, nous autres, de nous inspirer.

Vous remettez aussi à leur place, comme ça en passant sur "la toile" à propos de la Tunisie et de la Libye (écrite Lybie p.135), des idées trop simples véhiculées par une idéologie islamiste, d'où en France une islamophobie.

Vous abordez à propos du rêve et de la télépathie la question de notre rapport à l'invisible, et pas seulement celui de la science.

Vous retracez avec justesse le récit d'incestes, celui du père, celui d'un "thérapeute", celui à un certain moment d'un nécessaire dédoublement ou plutôt d'une mise à distance.

Et puis il y a cette musique des mots prêtée à Shoko : sa manière de prononcer le "Jœu" mouillé d'une jubilation contenue, suivie de "lien", un lien léger, suspendu, qu'il se répète avec gourmandise, lui, Julien ; et nous aussi, ô combien !

Je ne suis bien sûr pas insensible aux allers-retours par la Croix-Rousse mon anciens quartier, juste en face de maisons de canuts avec encore leurs hauts plafonds aux solives apparentes.

Donc, voilà bien des raisons pour retourner à ma lecture et partager ce plaisir si évident et communicatif que vous avez mis à l'écrire.

Charles L. le 23janvier 2014